Partie faire un tour...

 

 

Afrique de l’Ouest

Amérique du Sud

Boîte à outils

La culture du kif

octobre 2002

Le Rif, chaîne de montagnes au nord du Maroc, est réputé pour la production de cannabis, le kif, qu’il abrite. Les habitants de cette région auparavant la plus pauvre du Maroc ont fait le choix de cette culture pour les terres arables qu’ils n’ont qu’en petites superficies, l’accès difficile des villages facilitant cette activité illicite.

Je vais à la rencontre d’un producteur, habitant d’un village des montagnes du Rif. Celui-ci m’explique et me montre les détails de la production, malgré la gêne qui entoure le sujet.

Les habitants du Rif connaissent l’interdiction frappant cette production, ont quelques soucis avec la police, subissent la remontrance hebdomadaire du religieux qui conduit la prière le vendredi, mais ont fait le choix de cette activité lucrative, pour sortir de l’indigence.

Je pénètre dans une pièce dans laquelle règne une odeur très forte : il s’y trouve les plants séchés, stockés là en attendant qu’on en détache les fleurs ("les yeux") qui seront réduites en poudre. Il m’explique que les plants cueillis sont séchés au soleil, intercalés entre d’autres végétaux ou plus cocassement suspendus sur une corde à linge.

Les semis sont faits annuellement, de février à mai pour une récolte en juin-juillet. J’arrive donc en septembre à la phase du hachage des plants.

La culture du kif demande plus d’entretien que les cultures vivrières : préparation du sol, engrais, semence, éclaircissage (élimination des plants mâles, qui ne produisent pas les fleurs recherchées), et des soins constants. Elle demande aussi plus d’eau, ce qui n’est pas pas sans poser de problème dans cette région qui connaît des sécheresses depuis 1995.

Mais la récompense est importante : 100 kg de plants séchés donneront 2 kg de poudre qui se vendront 500 euros. Le cultivateur rencontré produit entre 10 et 15 kg de poudre par an, sa culture lui rapporte donc entre 2.500 et 3.000 euros.

Ce revenu permet de dépasser la logique production-consommation des produits par le village, même s’il existe d’autres activités génératrices de revenus, comme la production du miel ou des olives.

On me dit que la production du kif entraîne pour les villageois les perversions connues aux drogues : le gain facile détourne les jeunes de la scolarité et l’accès facile à cette substance fait que les villageois fument trop (uniquement les hommes, qui l’ont formellement interdit aux femmes !).

Un grand avantage cependant : cette région aprovisionnant notoirement l’Europe , l’Union Européenne a décidé de tarir la source du cannabis en s’attaquant aux causes structurelles de sa production dans le Rif : le sous-développement. Elle finance ainsi des associations locales qui oeuvrent pour la construction de pistes carrossables, l’installation de l’eau courante et du drainage des eaux usées, la construction de "fours améliorés" (économes en énergie)...

Questions d’écologie au Maroc

logo RUBRIQUE 30

 Arrivée dans les villages du Rif

 Des initiatives de développement rural

 La culture du kif

 Le problème des déchets

 C’est beau et ça sent bon au Maroc - I

 C’est beau et ça sent bon au Maroc - II

Imprimer cette page