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Le problème des déchets

octobre 2002

Les déchets posent un énorme problème au Maroc. On trouve des amas de détritus en pleine ville, des décharges sauvages, des sacs plastiques agglomérés en bord de route, dispersés dans les champs, pris dans les branchages des arbres.

A Berkane, dans le nord-est du pays, je rencontre l’association Homme et Environnement, qui œuvre dans les domaines de la solidarité et de la protection de l’environnement. Voyage dans le monde des poubelles ou « le plastique c’est fantastique... »

L’industrialisation et la société de consommation ont entraîné une diversification et une multiplication des déchets que l’on distingue en déchets solides et liquides (les eaux usées). Les déchets solides se déclinent en déchets domestiques, hospitaliers, industriels, matériaux de construction... qui offrent chacun un potentiel différent de nuisances et pollutions.

Une place toute particulière doit être faite aux sacs en plastique noir, qui ont beaucoup de succès parce qu’ils camouflent les achats dans ce pays où la disparité sociale est forte. Ainsi, à Berkane, les marchandises sont moins chères dans la proche enclave espagnole de Mellilia et les gens en reviennent avec des brassées de sacs plastiques noirs... Mais, jetés dans la nature après usage, « ils auront dans peu recouvert toute la beauté du Maroc », déplore Najib, le président de l’association. « Si sur une plage du sud de la France vous rencontrez un poisson avec une cravate en plastique noir, vous avez le bonjour du Maroc ! » plaisante-t-il. Pour endiguer cette marée, l’association propose de réhabiliter le panier, ce qui aurait aussi comme avantage de soutenir un artisanat jadis florissant.

Le célébrissime sac plastique noir
Le célébrissime sac plastique noir

Des détritus à tous les coins de rue

A Berkane, où il n’y a pas de production industrielle, les 90.000 habitants de la ville produisent chaque jour plus de 60 tonnes de déchets solides, surtout domestiques (organiques et plastiques). C’est sans compter les 50.000 saisonniers qui viennent augmenter la population chaque année pour la cueillette des oranges. Comme partout, l’abondance des déchets domestiques provient d’un changement du comportement des gens vers une consommation rapide des objets (d’ailleurs parfois conçus pour une utilisation unique, le qualificatif « jetable » étant un argument de vente) conjugué à un changement de la composition des produits désormais faits de matériaux persistants (le plastique au lieu de l’osier, par exemple).

Au Maroc, les détritus envahissent les villes depuis quelques décennies en raison d’une habitude culturelle tenace, mais aussi de l’insuffisance des services municipaux.

Les déchets obstruent les rues
Les déchets obstruent les rues

Contradictoirement avec le grand soucis qu’ont les Marocains de la propreté de leur domicile dans un pays où la poussière s’infiltre partout, les gens jettent systématiquement dans la rue ce dont ils ne veulent plus. Le concept de civisme est encore flou et l’augmentation de la population urbaine suite à la croissance démographique et à l’exode rural a entraîné une individualisation croissante. On ne se sent pas responsable de l’extérieur. Chacun déplore la saleté des villes et la marée de sacs plastiques dans les campagnes, mais y participe !

A Berkane, les rues sont jonchées, parfois obstruées de déchets et on recense une cinquantaine de petites décharges sauvages en plein ville. Les quelques 6.000 vendeurs ambulants, dont les charrettes sont chargées des marchandises les plus diverses, laissent simplement sur place les résidus de leur commerce (abats d’animaux...) en repartant.

Les vendeurs ambulants vendent de tout !
Les vendeurs ambulants vendent de tout !

Si d’un côté les gens jettent, de l’autre, les services municipaux ne ramassent pas suffisamment. Au Maroc, la gestion des déchets est sous la responsabilité directe des communes. Et à Berkane, la municipalité, qui ne consacre que 9 % de son budget à la propreté alors que c’est sa principale mission, soupire après le manque de moyens. Les 6 camions-bennes à ordure de la ville (atteints de panne chronique en raison de leur vétusté) évacuent au meilleur de leur forme 60 % des poubelles produites quotidiennement. Alors il n’est même pas question de prendre en charge les points d’accumulation. Les poubelles en souffrance sont éventrées et dispersées par les chiens sauvages, ajoutant au désastre. Pour se débarrasser de leurs ordures, les gens y mettent le feu, ce qui dégage des fumées toxiques.

Face à l’absence de motivation de la municipalité, l’association propose de commencer par sensibiliser les élus, puis de valoriser le travail des services municipaux avant de sensibiliser les gens à une gestion participative de l’environnement par des campagnes sur la responsabilité de chacun dans le comportement collectif : « ma ville est propre grâce à moi, ma ville est sale à cause de moi » (panneau existant). Elle promeut la constitution d’une équipe « d’intervenants verts », des hommes et des femmes (qui seules peuvent pénétrer dans les maisons) qui sensibiliseraient la population à la question environnementale. Au besoin, ces intervenants pourraient agir de manière coercitive en verbalisant les contraventions aux dispositions existant en matière environnementale. Car il existe des dispositions légales sanctionnant celui qui dépose sa poubelle dans une aire publique ou gaspille l’eau.


Danger pour la Moulouya

Les eaux usées sont très polluantes dans la mesure où on y trouve de tout : des détergents, des urées, des bactéries... Rejetées dans une rivière, elles peuvent entraîner son eutrophisation, phénomène d’enrichissement en matières organiques ou en substances nutritives (nitrates des urées, phosphates des lessives...) qui entraîne de graves perturbations dans les écosystèmes aquatiques. La matière végétale se produit en grande quantité en même temps que le taux d’oxygène dissous chute et les poissons meurent par étouffement. Les espèces sensibles disparaissent et la flore et de la faune se banalisent.

L’affluent de la Moulouya à hauteur de la ville.
L’affluent de la Moulouya à hauteur de la ville.

De la même manière qu’il n’existe pas de décharge contrôlée, il n’y a pas de station d’épuration à Berkane et les eaux usées sont rejetées sans traitement à 6 km. en aval de la ville, dans un affluent de l’oued Moulouya. Or l’embouchure de la Moulouya, qui s’étire sur 2.700 ha à une vingtaine de km. au nord de la ville de Berkane, est une zone humide classé SIBE, Site d’Intérêt Biologique et Ecologique. C’est une zone de biodiversité très importante, riche en végétation aquatique et cadre de vie de 23 espèces de reptiles dont quelques-unes très rares. En outre, c’est une importante escale migratoire : 180 espèces d’oiseaux migrateurs ont été répertoriées.


Des détritus à perte de vue

Où se rendent les camions-bennes qui ramassent néanmoins une partie des déchets ? Soucieuse de vérifier mes informations sans craindre de payer de ma personne, je les suis pour découvrir la décharge publique de Berkane.

La décharge publique de Berkane
La décharge publique de Berkane

C’est une décharge sauvage, par opposition à contrôlée, qui est en utilisée depuis les années 1950, alors que la population de la ville était bien moindre. Elle s’éparpille aujourd’hui sur un terrain de 40 ha. situé en plein périmètre urbain. Le spectacle de cet horizon de détritus laisse rêveur et est, paraît-il, édifiant les jours de grand vent : les plastiques dansent dans l’air et pleuvent sur la ville.

Les moutons paissent dans la décharge :
Les moutons paissent dans la décharge : "quoi, elle est pas bio, ma viande ?"

J’y rencontre... un troupeau de moutons. Leur propriétaire n’hésite pas à faire paître les bêtes dans la décharge : la nourriture y est abondante et variée (à noter que la décharge de Berkane recueille aussi les déchets de l’hôpital) ! Certains achètent ainsi des contenus de benne à ordures pour nourrir leur bétail (entre 15 et 20 dirhams (1,5 et 2 euros)). On imagine sans peine les répercussions sur la santé du consommateur de viande : ingestion de métaux lourds, etc.

Les causes de pollutions et de dangers d’une décharge non contrôlée sont multiples :

-  pollution de la nappe phréatique (eaux souterraines) par infiltration des lixiviats, les eaux de pluies qui ont traversé les déchets et se sont chargées bactériologiquement et chimiquement de substances minérales et organiques ;
-  pollution de l’oued (cours d’eau) voisin dans lequel les détritus sont portés par le vent ;
-  risques d’infection, de coupure, de toxicité, d’allergies, d’incendie, d’explosion... pour les enfants et chiffonniers qui fréquentent la décharge ;
-  danger d’étouffement et d’ingestion de produits chimiques par les animaux.
-  pollution olfactive et visuelle pour les riverains ;

Heureusement, un centre d’enfouissement technique (ou décharge contrôlée) est en voie de réalisation et sera opérationnel dans quelques mois. Il n’y en a qu’un autre dans tout le Maroc. Outre la fin des inconvénients susmentionnés, le centre pourra donner une nouvelle vie aux déchets convenablement triés. Les matériaux peuvent être recyclés, c’est-à-dire réintroduit dans leur propre cycle de production. Les déchets organiques, par leur fermentation, sont une source d’une énergie : le biogaz. Par ici la visite.

Questions d’écologie au Maroc

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